Millésime 2026 à Bandol
Millésime 2026
Au Château Canadel, domaine en agriculture biologique de l’appellation Bandol, au Castellet, retour sur un millésime atypique : un hiver gorgé d’eau, un départ de vendanges record et une longue attente
Que d'eau, que d'eau !
Le millésime 2026 a commencé comme les précédents, par un hiver trop doux : le froid semble bel et bien appartenir au passé. En revanche, celui-ci a été copieusement arrosé. D’octobre à mars, 615 mm de pluie tombent sur le domaine, contre 375 mm en moyenne sur nos dix derniers millésimes. Les sols font le plein pour la saison, les sources rejaillissent partout, de nombreux murs de restanques tombent, et fin mars nos tracteurs s’embourbent encore dans les mouillères.
Vigueur et précocité
Les premiers bourgeons pointent très tôt, aux alentours du 25 mars, freinés par un retour du froid. Puis la douceur s’installe et la vigne part franchement, sans une goutte de pluie en avril. Début mai, elle compte déjà une semaine d’avance sur 2025, millésime pourtant hâtif.
La tête au soleil et les racines dans des sols encore humides, la vigne pousse comme rarement, dans des conditions idéales et très saines. Nous courons après cette vigueur pour palisser, écimer, relever les sarments qui filent vers le ciel.
Chaleur tropicale
La véraison démarre autour du 5 juillet et laisse présager des vendanges très précoces. Avec 3 mois sans pluie, les vignes finissent pourtant par marquer le pas. Le 25 juillet, un orage de 36 mm relance la maturation.
La France entière vit un été caniculaire ; en bord de Méditerranée, le climat est plus supportable. Les températures maximales ne dépassent pas 37 °C, mais les nuits restent chaudes, rarement sous les 22 °C, et l’air chargé d’humidité. À l’approche des vendanges, c’est un climat presque tropical qui s’installe. La vigne, qui est une liane, s’en accommode à merveille et relance même un cycle végétatif.
Des vignes généreuses
Avions-nous déjà vu des vignes aussi chargées et aussi en forme ? Peut-être en 2018. En comptant les grappes au mois de juin, nous avions décidé de ne pas faire de vendanges en vert : la charge nous paraissait raisonnable et qualitative. Mais les pluies d’été ont gonflé les raisins, et sur certaines parcelles, les rameaux ploient sous le poids des grappes.
Départ record, longue attente
Le 11 août, nous démarrons les vendanges, record de précocité, avec de jeunes vignes destinées à faire du jus de raisin. Le 14 août suivent les Grenaches pour le rosé : jamais nous n’avions commencé si tôt à vendanger pour le vin. Sur ces vignes très chargées, nous choisissons de préserver l’acidité plutôt que d’attendre les sucres, au prix d’un tri sévère.
Puis il faut attendre. Les nuits chaudes freinent la maturité, qui progresse lentement. Fin août, deux orages apportent une soixantaine de millimètres et les raisins perdent un demi à un degré en quelques jours. Cette moiteur favorise la pousse des feuilles, pas la maturation des raisins. Nous rongeons notre frein.
Enfin mûr !
Le 9 septembre, après d’énièmes prélèvements, tout semble enfin mûr. Reste à s’adapter et à innover : dans certaines parcelles, nous passons trois fois. Une première pour récolter les raisins mûrs destinés au rosé, une deuxième pour les plus belles grappes destinées au rouge, une troisième pour les vignes les plus chargées, dont la maturité est retardée.
La patience paye
Nous terminons les vendanges le 18 septembre, 38 jours après les avoir commencées. Les rouges de fin de vendanges sont magnifiques, avec des jus profonds, des tanins bien mûrs et une concentration idéale. Les rosés des premiers jours offrent une belle fraîcheur ; l’assemblage fera le reste.
ALTERA, l'année du Cinsault
Si un cépage a traversé cet été sans faiblir, c’est le Cinsault. Nos vieilles vignes de 80 ans étaient si belles que nous leur avons confié cette année nos deux jarres de terre cuite, d’ordinaire réservées au Mourvèdre de Canatera. Il en est né ALTERA, petite sœur de Canatera en Vin de France : un 100 % Cinsault vinifié en jarres, plus délicat, plus aérien. Ce sera une cuvée confidentielle de 800 bouteilles, disponibles en décembre.
Merci !
Ces vendanges en « stop and go » ont été particulièrement éprouvantes. Merci et bravo à toute notre équipe de vendanges pour sa patience.




